MERCOSUR : Prendre acte et agir pour nos agriculteurs
- Sophie Keymolen
- 15 janv.
- 4 min de lecture
L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur a été validé, malgré l’opposition de 6 pays dont la France, la Hongrie, la Pologne et l’abstention de la Belgique. Cette décision, désormais actée, nous oblige à une chose : agir sans attendre pour protéger nos agriculteurs face à une concurrence jugée totalement déloyale et inéquitable.
Le vendredi 9 janvier 2026, les représentants des États membres au Conseil de l’Union européenne ont approuvé, à la majorité, l’accord UE-Mercosur. Après plus de 25 ans de négociations, ce traité instaure la plus vaste zone de libre-échange jamais conclue par l’Union européenne, associant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.
Malgré les différentes oppositions, manifestations et appels à revoir ses positions, le Conseil européen a donc validé cet accord. La Belgique s’est abstenue, faute de consensus entre ses différents niveaux de pouvoir – la Wallonie ayant clairement exprimé son opposition.
La prochaine étape amènera le processus devant le Parlement européen, probablement au printemps 2026. Les député.e.s européen.ne.s devront à leur tour voter ou s’opposer à la mise en œuvre de cet accord. Toutefois, il semblerait que la Commission et certains États membres au Conseil souhaitent faire entrer en vigueur l’accord UE-Mercosur provisoirement, avant le vote de ratification du Parlement européen.

En tant que citoyenne, en tant que libérale et en tant que démocrate, je m’insurge contre ce déni de démocratie qui empêcherait des élus, de nous représenter !
Des opportunités économiques dans un contexte international tendu
Sur le plan économique, l’accord comporte des opportunités réelles pour plusieurs secteurs industriels – pharmaceutique, plastiques, machines, textile – ainsi que pour certaines filières agricoles, notamment les produits laitiers et la pomme de terre.
Dans un contexte international marqué par l’instabilité et les menaces de nouvelles taxes douanières, ces débouchés commerciaux ne peuvent être ignorés.
En tant que Députée provinciale du Brabant wallon, compétente à la fois pour l’Agriculture et pour l’Économie, cette question est au cœur de mes préoccupations.
Toutefois, nous savons aussi que d’autres secteurs risquent d’en payer le prix fort, en particulier la viande bovine, la volaille et le sucre. La colère exprimée par nos agriculteurs est légitime, je les comprends, je les soutiens et je les rejoins pleinement !
Comment accepter une concurrence aussi déloyale alors que nous imposons à nos producteurs des normes sanitaires, environnementales et sociales parmi les plus strictes au monde ? Un tel accord compromettra clairement notre autonomie alimentaire. Souhaitons-nous elle aussi la sacrifier ?

Selon les chiffres fournis, la Commission européenne estime que la valeur ajoutée de l’accord UE-Mercosur apporterait une hausse de seulement 0,05 % du PIB de l’Union Européenne à l’horizon 2040 !
La position du MR est claire : cet accord n’était pas acceptable en l’état pour nos élus, pour nos ministres et pour nos eurodéputés.
L’Europe a déjà perdu son autonomie énergétique, son autonomie de défense, est-ce que ses citoyens et citoyennes veulent aussi voir disparaitre leur autonomie alimentaire ?
Aujourd’hui, nous devons prendre acte de cette première validation par les États membres et identifier les leviers sur lesquels nous pouvons encore agir.
Mettre en place des garde-fous immédiats
L’agriculture est au cœur du projet européen depuis la signature du Traité de Rome en 1957. La politique agricole commune (PAC), mise en place en 1962, en est l’un des piliers historiques. Il est temps de le rappeler, aujourd’hui plus que jamais, notre agriculture européenne doit être défendue.
Il est de notre responsabilité d’agir concrètement, sur trois fronts prioritaires.
D’abord, soutenir financièrement nos agriculteurs. Le MR propose la défiscalisation des aides de la politique agricole commune, soit près de 320 millions d’euros en Wallonie, afin de permettre à nos agricultrices et agriculteurs de vivre dignement de leur travail.
Ensuite, renforcer drastiquement les contrôles de qualité. Aucun produit importé ne peut déroger aux normes européennes. Des contrôles systématiques devront être organisés. De plus, si les importations devaient augmenter de manière anormale et pénaliser nos producteurs, les mécanismes de sauvegarde prévus devraient être activés immédiatement.
Le récent amendement « réciprocité », adopté par les députés du Parlement européen, fait référence à ces débats. Il vise à garantir des mesures de sauvegarde lorsque les produits et standards de production des pays partenaires ne seraient équivalents à ceux de l'Union européenne, en imposant des exigences de réciprocité stricte (conditions de travail, exigences environnementales, bien-être animal, sécurité alimentaire…) et des clauses de sauvegarde plus robustes face aux importations.
Enfin, valoriser nos circuits courts et nos produits locaux. La Wallonie travaille à la création d’une marque faîtière destinée à mieux identifier les produits issus de l’agriculture familiale wallonne. Les consommateurs ont un véritable pouvoir d’action : privilégier les produits locaux plutôt que les produits importés ou transformés qui ne respectent pas nos standards.
Sensibiliser les consommateurs est donc essentiel, et c’est une mission que je souhaite pleinement mener au niveau provincial.
L’agriculture est un enjeu stratégique majeur, à la fois économique, social et géopolitique. Notre sécurité alimentaire et notre souveraineté en dépendent. Le MR, au travers de chacune et chacun de ses mandataires, restera pleinement mobilisé pour défendre nos agriculteurs et préserver notre autonomie alimentaire.



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